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La situation des albanais en Macédoine : état des lieux et analyse depuis la signature des accords de paix d’Ohrid du 1er août 2001


Juliette LENOIR


-  L’histoire a fait des pays du Sud-est de l’Europe une mosaïque de peuples. Au cours du 20ème siècle, plusieurs rectifications des frontières ont eu lieu dans la région des Balkans, suite aux guerres successives. Cependant, les remaniements territoriaux ont été effectués, le plus souvent, en fonction des intérêts des vainqueurs, sans prendre en compte le principe des nationalités. Aussi, de nombreux Etats sont devenus multinationaux et multiethniques, source d’instabilité : une exacerbation des nationalismes est apparue, les minorités nationales s’estimant persécutées et discriminées, tandis que les populations majoritaires craignaient pour l’intégrité territoriale de leur Etat. D’une façon générale, des foyers de tensions et de conflits continuent à exister dans les Balkans.

La Macédoine[1] (2 063 122 habitants, 25 333 km²) est le seul pays de cette région qui ait réussi à négocier pacifiquement sa sortie de la Yougoslavie, et qui soit passé au statut d’Etat indépendant en 1991 sans effusion de sang. Mais elle avait encore un défi majeur à relever, garantir sa stabilité politique interne, particulièrement fragile en raison du nombre considérable de ressortissants macédoniens appartenant à la minorité albanaise, fortement concentrée dans l’ouest du pays[2], menaçant gravement l’unité territoriale.

En effet, la trame de fond du problème macédonien réside dans ce qu’il est convenu d’appeler « la Question albanaise » : après la prise de conscience nationale des Albanais à la fin du 19ème siècle (la Ligue de Prizren, 1878-1881 ; la Ligue de Peć, 1897-1900) et la proclamation de leur indépendance en novembre 1912, les frontières du nouvel Etat sont tracées suite à une transaction diplomatique tenue lors de la Conférence des Ambassadeurs des Grandes puissances, se déroulant à Londres de décembre 1912 à août 1913, sans participation de représentants albanais. Une partie des Albanais se retrouve ainsi dispersée dans les Etats voisins : en Grèce, en Macédoine, au Monténégro et en Serbie (Kosovo). Après un passage par une configuration de « Grande Albanie » au cours de la Seconde guerre mondiale, sous patronage fasciste puis nazi et avec la fin de l’Albanie isolationniste d’Enver Hodja, les Albanais ressentent de plus en plus fortement la dispersion de leur peuple comme une injustice historique subie et recherchent l’unité nationale albanaise.

C’est pourquoi ils boycottèrent le référendum du 8 septembre 1991 sur l’indépendance de la Macédoine, voulant ainsi lier leur sort à celui de leurs frères du Kosovo. Ils allèrent jusqu’à organiser les 11 et 12 janvier 1992, un référendum officieux demandant une autonomie territoriale étendue pour les régions albanaises du pays. Ce référendum reçut un excellent accueil[3]. Des casques bleus américains furent déployés sur la frontière entre la Macédoine et la Serbie à partir de 1992, dans le cadre de la résolution 795 des Nations Unies.

Mais la question albanaise continua d’empoisonner la vie politique et sociale macédonienne. En effet, en raison de leur importance numérique, les Albanais rejetèrent également les termes de la Constitution macédonienne adoptée le 21 novembre 1991, qui définissait la Macédoine comme l’Etat national du seul peuple macédonien, les Albanais étant ainsi relégués au statut de « minorité nationale », selon eux infériorisant. Mais sûrement Kiro Gligorov, élu au poste de Président de la République le 27 janvier 1991, estimait-il que leur meilleure reconnaissance constitutionnelle aurait entraîné un risque d’éclatement de son petit pays.

Les données statistiques concernant les minorités nationales, et tout particulièrement les résultats des recensements, apparaissent alors comme un enjeu important dans le débat relatif aux rapports majorité-minorités en Macédoine. Ils sont fréquemment utilisés comme argument politique de part et d’autre et se retrouvent par conséquent régulièrement au centre de polémiques. Dès l’indépendance de la Macédoine, les Albanais ont ainsi boycotté les recensements effectués dans le pays et contesté leurs résultats. Ainsi, lors du recensement qui a eu lieu les 21 juin et le 10 juillet 1994[4], les résultats affirmèrent que 67% de la population du pays était constituée de Macédoniens slaves, et que 23% étaient des Albanais, mais ceux-ci revendiquèrent que leur nombre était supérieur de 10 à 20%, et que, en tout état de cause, ils constituaient au moins un tiers de la population du pays.

Les revendications albanaises ne s’apaisant pas avec le temps, les gouvernements successifs furent amenés à accorder de plus en plus d’attention aux Albanais. Ainsi, peu de temps après l’entrée en vigueur de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales au sein de la Macédoine[5], les partis nationalistes de droite, regroupés au sein du VMRO-DPMNE (Organisation révolutionnaire intérieure de Macédoine - Mouvement démocratique pour l’unité nationale macédonienne) arrivèrent en tête lors des élections législatives de l’automne 1998 et parvinrent à former, à la surprise générale, une coalition avec les nationalistes radicaux du Parti démocratique albanais (PDSh), conduits par Arbën Xhafëri. Le gouvernement, dirigé par Ljupco Georgievski (VMRO), fit une large place aux ministres albanais et réussi à gérer la crise entraînée par les bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie. En effet, plusieurs centaines de milliers de réfugiés albanais du Kosovo cherchèrent un refuge en Macédoine, posant au pays des problèmes d’ordre non seulement humanitaire mais aussi politique, certains nationalistes macédoniens dénonçant le risque d’une « invasion » albanaise. La présence d’Albanais au gouvernement et la gestion conjointe de la crise par le VMRO et le PDSh ont sûrement permis d’éviter que celle-ci ne se transforme en crise politique et sociale interne à la Macédoine. Pourtant, l’irrésolue question albanaise continua de faire planer sur le pays la menace d’un éclatement violent.

C’est dans ce contexte que la Macédoine connut au début de l’année 2001 une crise interne violente : une organisation de guérilleros albanais, s’intitulant « UCK-M » (Ushtrimje Chlirimtare Kombetar, Armée de Libération Nationale ; le rapport avec l’UCK du Kosovo est évident), opéra dans les montagnes de la région frontalière entre le Kosovo et la Macédoine. Les accrochages avec les forces gouvernementales devinrent de plus en plus vifs, et firent de nombreuses victimes de part et d’autre. Les combats se déroulèrent autour de Tanusevci et de Tétovo, la deuxième ville du pays, fief de l’« albanité ». Les cortèges de personnes fuyant précipitamment leurs maisons réapparaissent. Bien qu’absents des images des télévisions européennes, le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU recensa 30 000 réfugiés et déplacés à la fin du mois de mars 2001. Le gouvernement macédonien décida de riposter à l’aide de l’armée et des forces de sécurité et, quinze jours après l’offensive du 14 mars, il déclara que la crise était terminée dans la région de Tétovo, alors même que les combats continuaient dans une autre zone, à une dizaine de kilomètres seulement au nord de la capitale Skopje.

Les revendications de l’UCK-M concernaient sans étonnement le statut de la minorité albanaise : les guérilleros estimaient que les Albanais en Macédoine étaient discriminés et que les réformes entreprises jusqu’alors n’étaient pas un moyen efficace pour y remédier, exigeant ainsi « la fin du régime de terreur de l’Etat macédonien à l’encontre des Albanais »[6]. Les revendications principales visaient l’organisation d’un nouveau recensement national de la population ; ainsi que la reconnaissance des Albanais non comme une minorité nationale, mais comme une nation constitutive de l’Etat macédonien, avec une modification du préambule de la Constitution dans ce sens. L’objectif à terme étant la constitution d’un Etat fédéral, composé de deux entités, de deux nations égales, disposant chacune de sa langue, cette dernière option ayant toujours été fermement rejetée par tous les macédoniens.

Face à la virulence de ce soulèvement albanais qui risquait de dégénérer en une guerre civile généralisée, le gouvernement macédonien fut amené, avec l’aide de la communauté internationale et notamment de divers acteurs européens, à négocier quant au statut national des Albanais. Ces négociations devaient trouver un délicat équilibre entre la protection des droits et des revendications légitimes de la minorité albanaise, et la nécessité de ne pas encourager des irrédentismes nuisibles à la stabilité du pays.

Un terme fut ainsi mis à ce conflit avec la signature de l’accord-cadre d’Ohrid le 1er août 2001, entériné le 13 août par la guérilla albanaise et les représentants du gouvernement macédonien. L’accord cédait à la plupart des revendications de l’UCK-M et conduisait à une nouvelle politique des minorités en Macédoine vis-à-vis des albanais, ainsi qu’à des amendements constitutionnels.

Cependant, la situation interne en Macédoine, bien que grandement stabilisée depuis ce tournant clef, reste encore maintenant très fragile et sujette à des affrontements interethniques, pouvant éclater à tout moment. En effet, les Macédoniens redoutent que les Albanais ne demandent une autonomie ou une séparation pure et simple, et ces derniers craignent de devenir peu à peu des citoyens de deuxième rang. Malgré quelques évolutions positives, un climat d’incompréhension règne entre ces différentes communautés ethniques. Il repose en partie sur la peur et la méconnaissance mutuelle.

Il apparaît alors nécessaire d’examiner les raisons exactes ayant conduit les Albanais à prendre les armes en 2001, découlant d’une incompréhension évidente entre les communautés albanaise et macédonienne, ainsi que les moyens employés par la Macédoine et la communauté internationale, et en particulier par les institutions européennes, pour canaliser ces explosions de violence (§I). Il s’agirait d’analyser ensuite les réformes entreprises en conformité avec l’accord-cadre d’Ohrid depuis sa signature en 2001, et identifier les obstacles qui persistent encore actuellement au sein de la Macédoine, compromettant toute entente durable entre Albanais et Macédoniens et que le gouvernement et les acteurs internationaux s’attachent à combattre (§2).

I. Une incompréhension évidente entre les communautés albanaises et macédoniennes : source de violences récentes difficilement canalisées

Le soulèvement albanais subi par la Macédoine en 2001 trouve ses justifications dans les revendications longtemps avancées par les membres de cette minorité, et notamment dans la dénonciation de leur statut juridique de « minorité nationale », les Albanais voulant être reconnus en tant que « peuple constitutif » de la Macédoine (A). Il a fallu attendre la signature des accords de paix d’Ohrid en août 2001 pour que ces revendications soient prises en considération, apportant un nouveau souffle d’espoir à la population albanaise de Macédoine (B).

A. Les revendications péremptoires des albanais visant à dénoncer leur reconnaissance seulement « minoritaire »

Le texte initial de la Constitution macédonienne, adopté le 21 novembre 1991 sans le vote des députés albanais, distingue entre le « peuple macédonien » et les « nationalités-minorités ». Ces derniers sont au nombre de 27, dont 4 expressément mentionnées dans le préambule de la Constitution : « La Macédoine est constituée comme l’Etat national du peuple macédonien, qui assure une égalité complète des droits civiques et une cohabitation durable du peuple macédonien avec les Albanais, Turcs, Valaques, Roms et autres nationalités qui habitent la République de Macédoine. »

Cette distinction vise à fonder la reconnaissance d’un certain nombre de droits spécifiques, protecteurs de ces minorités. Les plus importants sont énoncés aux articles 7 et 48. Tout en érigeant le macédonien et l’alphabet cyrillique comme langue et écriture officielles de la République, la Constitution reconnaît l’usage officiel des langues écrites et parlées des nationalités et leurs alphabets dans les collectivités administratives locales où ces dernières sont en majorité, aux côtés du macédonien et du cyrillique, dans les conditions déterminées par la loi (art. 7). En outre, les membres des nationalités ont le droit de s’exprimer, de cultiver et de développer leurs identités et particularités nationales (art. 48). Ainsi, ont-ils le droit de créer des associations culturelles et artistiques, des associations scientifiques et autres afin d’exprimer, cultiver et développer leur identité. Ils ont en outre le droit à l’enseignement dans leur langue dans l’éducation primaire et secondaire dans les conditions définies par la loi. Un Conseil des nationalités (art.78) a été enfin créé, dirigé par le président du Parlement macédonien. Ce conseil est composé de deux représentants pour chacune des communautés macédoniennes, albanaise, turque, valaque, rom, et de deux représentants pour l’ensemble des autres nationalités. Il traite des questions relatives aux rapports entre nationalités et émet des avis et des propositions obligatoires pour le Parlement lorsqu’il prend des décisions à cet égard.

Cependant, les droits minoritaires reconnus par la Constitution ne sont pas reconnus aux nationalités en tant que telles, mais aux « membres » de ces nationalités. L’approche constitutionnelle du fait nationalitaire en Macédoine s’exprime donc exclusivement en termes de droits individuels et n’offre d’autre perspective que la seule intégration à la nation. D’où le refus de considérer les Albanais comme un « peuple » fondateur de la République de Macédoine. C’est justement cet ordre de priorités que contestèrent dès le départ les Albanais, en refusant d’accepter cette Constitution. Ce refus était en soi lourd de conséquences pour le destin même de l’Etat-nation macédonien : il ne suffisait pas de proclamer que l’Etat national est, par définition, celui de tous les citoyens, encore fallait-il que ces derniers se sentent partie prenante d’un devenir commun sans lequel la nation n’existe pas.

Les Albanais contestèrent également la mise en œuvre concrète des dispositions constitutionnelles, sensées leur assurer une égalité avec les Macédoniens. En effet, ils se plaignaient d’être sous-représentés dans les différents appareils de l’Etat macédonien (administration, enseignement, justice, police, armée), même s’ils ont toujours occupé un certain nombre de sièges au Parlement et dans les ministères, permettant à la Macédoine de jouir d’une stabilité précaire. Ils se plaignaient également de subir des inégalités et d’être victimes de différentes formes de discriminations. Ainsi par exemple, le nombre de leurs écoles était estimé insuffisant tout comme leur pourcentage dans les lycées et à l’université. C’est d’ailleurs en signe de protestation que, sur le modèle des structures parallèles d’enseignement du Kosovo, une université parallèle albanaise se créa à Tétovo en 1995, source de tensions entre Albanais et Macédoniens car non reconnue officiellement.

Le deuxième rapport de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe (ECRI) sur l’Ex-République yougoslave de Macédoine, adopté en juin 2000 à la suite de la visite de contact qui eut lieu du 7 au 10 mars 2000, vint confirmer l’existence de nombreuses discriminations dénoncées par les Albanais, malgré que la Macédoine ait ratifié la plupart des instruments juridiques internationaux pertinents dans le domaine de la lutte contre le racisme et l’intolérance et ait accepté l’article 14 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale des Nations Unies. Il était donc évident que la situation des Albanais en Macédoine avant 2001 pouvait être améliorée. Elle permettait à ces derniers de justifier leur mécontentement. Cependant, pour les plus extrémistes des Albanais, l’enjeu crucial était en réalité la notion de « peuple constitutif ». S’il venait à être admis que la Macédoine n’est plus un Etat unitaire composé d’un peuple majoritaire qui réserve le meilleur accueil aux autres communautés, mais un Etat multiethnique composé d’au moins deux « peuples constitutifs », tout devenait alors possible : le fédéralisme et peut être la partition du pays (ou le modèle éclaté de Bosnie-Herzégovine). Inspirés par l’exemple de l’UCK kosovare voisine, c’est par la voie des armes que les Albanais extrémistes choisissent de se faire entendre : ils créèrent leur propre armée de libération nationale en 2001.

Il est certain que l’UCK-M s’est appuyé sur les insatisfactions statutaires pour faire monter le nationalisme albanais dans une région qui jusqu’à présent vivait en cohabitation plutôt pacifique avec la population avoisinante, en dépit des insuffisances du dialogue intercommunautaire. Les combattants de l’UCK-M ont trouvé un appui particulier dans les montagnes et les campagnes du nord-ouest du pays, peuplés d’albanais économiquement et culturellement pauvres, et dont certains pratiquent à peine la langue macédonienne.

La Macédoine, finalement, n’a pas pu échapper à la vague de fond qui secoua l’ancienne Yougoslavie depuis la chute du communisme. Cependant, la crise trouva un dénouement assez rapide, avec la signature de l’accord de paix d’Ohrid du 1er août 2001.

B. L’accord de paix d’Ohrid : espoir d’une situation égalitaire au profit des albanais

Confronté pour la première fois à une crise interne susceptible de dégénérer en guerre civile généralisée, le gouvernement macédonien demanda rapidement de l’aide aux divers acteurs de la communauté internationale. Ces derniers sont intervenus de différentes manières pour aboutir à un cessez le feu et rétablir la paix.

Au niveau international, la résolution 1345 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mars 2001 condamna fermement les explosions de violences dont la Macédoine était victime et demanda aux troupes de la KFOR stationnées au Kosovo voisin[7] de redoubler d’efforts pour empêcher les mouvements non autorisés et les transferts illégaux d’armes à travers les frontières. Mais aucune force armée ne fut déployée en Macédoine sous l’égide des Nations Unies, les soldats de la KFOR n’ayant pas de mandat en Macédoine, ce qui avait déçu grandement les Macédoniens. Les Etats-Unis ne se sont effectivement pas montrés très empressés à réagir, peut être par volonté de se retirer progressivement des Balkans et de laisser le règlement des crises européennes aux européens.

Au niveau de l’Union européenne, lors du Sommet de chefs d’Etat et de gouvernements de Stockholm des 23 et 24 mars 2001, une déclaration sur la situation dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine fut adoptée. Cette résolution assura le président macédonien, Boris Trajkovski, du soutien de l’Union européenne, lança un appel au calme et confirma l’appui de l’Union au respect de l’intégrité territoriale de la Macédoine. Elle invita en outre le Haut Représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, M. Javier Solana, à suivre l’évolution de la situation dans la région ainsi qu’à maintenir des contacts étroits avec les dirigeants. Mais elle demanda également aux Macédoniens « de la modération », le chancelier allemand Schröder ajoutant l’exigence de réformes en faveur de la minorité albanaise.[8] Le Président russe Vladimir Poutine fut celui qui exprima à Stockholm un soutien sans réserve au gouvernement macédonien, non sans l’idée de faire un parallèle avec la situation en Tchétchénie.

L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), s’employait quant à elle depuis 1992 à prévenir les tensions et les conflits au sein de la Macédoine. C’est ainsi que la 17ème réunion du Comité des hauts fonctionnaires du 6 novembre 1992 décide de nommer une mission de contrôle à Skopje, chargée d’éviter le débordement des conflits secouant les régions voisines. Cette mission fut renforcée lors des affrontements de 2001 : l’effectif de la mission fut accru, afin d’envoyer les membres supplémentaires dans la zone frontalière en vue de permettre à la mission de mieux observer les faits survenants le long de la frontière et d’en rendre compte pour trouver des solutions adéquates, en partenariat avec les autres acteurs internationaux.

L’OTAN elle aussi est intervenue pour désarmer l’UCK-M, lors d’une mission intitulée « Essential Harvest » du 22 août au 23 septembre 2001. Cette intervention a été demandée par le Président macédonien Trajkovski le 20 juin 2001.

Le Conseil de l’Europe témoigna quant à lui de sa volonté d’aider la Macédoine à retrouver la paix et la stabilité. C’est dans ce sens que l’Assemblée parlementaire de l’organisation adopta le 28 juin 2001 la résolution 1255 et la recommandation 1528 adressées au Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

Dans sa résolution 1255, l’Assemblée condamna dans les termes les plus vifs l’action des groupes extrémistes armés d’origine albanaise. Elle appela les deux parties à cesser immédiatement les hostilités afin de permettre un déploiement rapide des forces d’intervention de l’OTAN et le désarmement des groupes extrémistes albanais. Parallèlement, l’Assemblée demanda au gouvernement macédonien d’adopter des mesures d’urgence, y compris des mesures constitutionnelles, visant à améliorer la situation juridique et concrète de la population albanaise.

Dans sa recommandation 1528, l’Assemblée recommanda au Comité des ministres d’intensifier ses programmes de coopération avec la Macédoine afin d’aider ce pays à mettre en œuvre les réformes nécessaires, en particulier dans les domaines de l’amélioration du dialogue interethnique, de l’éducation, des médias, de l’autonomie des pouvoirs locaux et du renforcement de l’éducation civique, ainsi que de fournir une aide financière et logistique aux autorités macédoniennes en vue de l’organisation d’un recensement fiable, suivant l’exemple du recensement de 1994.

Tous ces efforts aboutirent à la conclusion, le 1er août 2001, des accords de paix dits d’Ohrid, signés le 13 août 2001 en présence du représentant de l’Union européenne, Javier Solana, du secrétaire général de l’OTAN, George Robertson, et de l’envoyé spécial des Etats-Unis, James Perdew.

Le contenu de ces accords atteste que le gouvernement macédonien a cédé à la plupart des revendications qui animaient de longue date les Albanais et qui étaient affichées au grand jour par l’UCK-M. En effet, selon ses termes, la Constitution de 1991 devait être modifiée pour supprimer la référence selon laquelle les Slavo-Macédoniens sont le seul peuple fondateur du pays, la société macédonienne étant désormais considérée comme composé de citoyens issus de différents groupes ethniques. La langue albanaise devait faire également son entrée au Parlement : l’usage de l’albanais devaient être autorisé à la fois pour les documents importants (dont les lois), les séances plénières et dans les commissions, de même que devant les tribunaux. L’albanais devait devenir aussi la seconde langue officielle dans les régions où les albanophones constituaient plus de 20 % de la population. De plus, l’État s’engageait à garantir la représentation proportionnelle des minorités à la Cour constitutionnelle (tribunal suprême), ainsi que dans la fonction publique et la police. Une décentralisation accrue était également prévue, particulièrement en faveur des collectivités locales à majorité albanaise. Par ailleurs, l’État s’engageait à financer, en plus de l’enseignement primaire et secondaire, l’enseignement supérieur (universitaire) en albanais dans les zones où les albanophones constituaient au moins 20 % de la population. Les accords prévoyaient aussi l’organisation d’un recensement en fin d’année pour établir avec certitude la composition ethnique de la population avant la tenue d’élections générales anticipées. Concernant la question de l’autonomie territoriale des Albanais de Macédoine, les accords d’Ohrid incluait également le principe selon lequel « les territoires ne sont pas les solutions aux problèmes ethniques ». Ce principe figurait déjà dans la Déclaration de Prizren signée au printemps 2001 par Ali Ahmeti, l’un des chefs de l’UCK-M, devenu par la suite un acteur politique clef en Macédoine, ainsi que par les dirigeants de ce qu’étaient alors les puissants partis albanais (Imer Imeri pour le Parti Démocratique de la Prospérité et Arben Xhaferi pour le Parti Démocratique albanais).

Suite à la conclusion de ces accords, les acteurs internationaux intervenus pour résoudre la crise restèrent très vigilants.

Le 21 septembre 2001, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe adopta une réponse à la recommandation 1528 du 28 juin 2001 de l’Assemblée sur la situation en Macédoine. Il mentionna que plusieurs mesures avaient été prises pour intensifier ses programmes de coopération dans un certain nombre de domaines et pour aider les autorités dans l’organisation d’un recensement fiable. Entre autres, le Comité autorisa le Secrétariat à participer, en coopération avec la Commission européenne, au suivi et à l’observation du recensement de la population en Macédoine, et accepta la contribution du Conseil de l’Europe à cet effort commun. Il décida également d’envoyer un coordinateur de programmes à Skopje dans le but d’assurer une coordination adéquate avec les différentes organisations et institutions internationales actives en Macédoine.

L’OTAN entrepris quant à elle une nouvelle mission, à la demande du gouvernement macédonien une fois encore, dénommée « Amber Fox », qui se déroula du 23 septembre 2001 au 15 décembre 2002. Cette dernière avait pour objectif de protéger les observateurs internationaux présents en Macédoine pour négocier avec l’UCK-M les termes de l’accord de paix, et parvenir à un cessez le feu total et durable. Supervisée par le général allemand Heinz-Georg Keerl, cette mission impliquait 700 hommes chargés de garantir la sécurité des observateurs civils, ainsi que 300 hommes en réserve stationnés avec les forces internationales de maintien de la paix de la KFOR au Kosovo voisin.

En 2002, l’Union démocratique pour l’intégration (UDI), issue de l’UCK-M, entre au gouvernement, dirigé par le Parti social-démocrate (SDSM). Les milices albanaises sont peu à peu désarmées et leurs commandants intégrés à la vie politique du pays. Ce processus, menée sous stricte surveillance de l’OTAN, a donc été une réussite.

Malgré le dénouement heureux de la crise interne ayant secoué la Macédoine en 2001, la stabilité de ce pays reste encore fragile, de nombreux obstacles restant à être combattus par le gouvernement macédonien pour garantir aux citoyens une paix durable.

II. Une cohabitation ethnoculturelle encore fragile : enjeux et défis à relever pour une paix durable en Macédoine

Suite à la signature des accords d’Ohrid, le gouvernement macédonien s’est attaché à mettre rapidement en œuvre les mesures prévues par ces derniers, afin de mieux prendre en considération les revendications albanaises (A). Cependant, de nombreux foyers de tensions entre les communautés albanaise et macédonienne restent encore présents, obligeant la Macédoine à rester vigilante pour parvenir à une véritable stabilité, tout comme pour obtenir une réelle reconnaissance internationale (B).

A. La réalisation effective de réformes permettant une meilleure prise en considération des Albanais, conséquence d’une gestion internationale réussie de la crise macédonienne

L’étude de la situation interne macédonienne après le tournant clef d’août 2001 fait apparaître un bilan assez positif à deux niveaux.

En premier lieu, en application des accords de paix d’Ohrid, de nombreuses réformes sont intervenues pour parer aux discriminations subies par les albanais. En effet, le 15 novembre 2001, le Parlement macédonien proclama la nouvelle Constitution, axe central de l’accord de paix d’Ohrid, qui élargit les droits de la minorité albanaise.

L’albanais est ainsi devenu l’une des deux langues officielles avec le macédonien : il est prévu que le macédonien reste la seule langue officielle dans tout le pays et demeure également la langue des relations internationales, mais l’albanais obtient un statut co-officiel dans les zones où la population albanophone constitue au moins 20 % de la population totale. De plus, l’usage de l’albanais est maintenant autorisé, à la fois pour les documents importants, les séances plénières et dans les commissions. Les lois macédoniennes sont dorénavant rédigées en deux langues, en macédonien et en albanais.

Conséquence directe de cette modification, le Parlement macédonien a voté le 21 janvier 2002 la légalisation de l’Université albanaise « clandestine » de Tétovo, après des années de polémiques et d’âpres débats. L’Université est désormais financée par l’État, et devrait faciliter un accès plus large des albanais à l’enseignement supérieur. Les albanophones ont également obtenu une représentation accrue dans la fonction publique. Ainsi, le nombre d’Albanais a augmenté de 7 à 26 % dans l’armée et de 3 à 15% dans la police.

Le préambule de la Constitution a lui aussi été modifié. Désormais il mentionne que les albanophones vivent en Macédoine comme des « peuples » en les distinguant cependant du « peuple macédonien » majoritaire, alors même que la version initiale de l’accord d’Ohrid ne mentionnait que les « citoyens » habitant la Macédoine. Le gouvernement macédonien a donc préféré opter finalement pour une pleine satisfaction des revendications albanaises.

Les autorités macédoniennes organisèrent également un nouveau recensement au cours de l’année 2002, sous contrôle international[9]. Les résultats présentés le 1er décembre 2003 faisaient état de 64,18 % de macédoniens et de 25,17 % d’albanais. La population albanaise était donc passée de 22,7 % à 25,17 % en huit ans.

Enfin, des élections législatives ont été organisées le 15 septembre 2002, constituant la dernière étape du processus de paix engagé en 2001[10]. Ces élections se sont déroulées sans incidents et ont été considérées comme les plus démocratiques de l’histoire du pays. Un millier d’observateurs, dont huit cent désignés par l’OSCE supervisaient le scrutin. Une délégation de 16 parlementaires du Conseil de l’Europe était également présente lors du vote. La coalition "Ensemble pour la Macédoine" dirigée par l’Union sociale-démocrate (SDSM) de Branko Crvenkovski recueillit 40,4 % des suffrages, loin devant la coalition gouvernementale (VMRO-DPMNE/LDP : Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne-Parti libéral démocratique), emmenée par le Premier ministre Ljubco Georgievski, qui obtint 24,4 % des voix. L’Union démocratique pour l’intégration (PDI) d’Ali Ahmeti, parti issu de l’UCK-M, réussit son pari et devint, avec 11,8 %, soit 70 % des suffrages de la population albanaise, le premier parti albanophone de Macédoine distançant largement son principal rival, le Parti démocratique albanais d’Arben Dzhaferi qui recueille 5,2 % des suffrages.

Ne disposant pas de la majorité absolue au Parlement, le leader social-démocrate Branko Crvenkovski devait former une coalition gouvernementale. Tout au long de la campagne électorale, il avait déclaré qu’en cas de victoire il proposerait une alliance au parti albanophone arrivé en tête des élections, tout en affirmant qu’il n’était pas question qu’un ancien membre de l’UCK-M rentre dans son gouvernement. Il se retrouva donc dans une position délicate, où il devait exclure le leader que la population albanophone avait placé en tête du scrutin s’il voulait tenir compte de la volonté de la majorité des Macédoniens, Ahmeti étant considéré comme un terroriste ayant pour unique objectif la division de la Macédoine. Le discours cependant de l’ancien chef des rebelles albanais lors de la campagne électorale fut radicalement différent de celui qu’il tenait avant les élections, promettant désormais d’œuvrer en faveur de la démocratie et pour l’application de l’accord d’Ohrid. Cette alliance politique improbable seulement quelques mois auparavant a donc finalement eu lieu, prouvant à la société internationale la volonté de la Macédoine de rompre fermement avec ses problèmes passés et de représenter fièrement une société multiethnique et multiconfessionnelle.

Il est intéressant de noter que le système politique macédonien ainsi modifié a fait preuve d’une résilience remarquable face à deux chocs potentiellement déstabilisateurs. En effet, le 26 février 2004, le président de la République, Boris Trajkovski, est décédé dans un accident d’avion, et le pays a su gérer ce drame dans la paix et la stabilité, par l’organisation de nouvelles élections présidentielles le 14 avril 2004, donnant gagnant Mr Crvenkovski (Union social-démocrate de Macédoine, déjà en majorité au Parlement). Par ailleurs, les violences au Kosovo des 17 et 19 mars 2004 ont été gérées avec prudence et modération par les autorités macédoniennes.

En second lieu, le suivi de la mise en œuvre des accords de paix d’Ohrid par les acteurs internationaux apparaît comme véritablement satisfaisant.

Ainsi, en réponse à une demande du Président Trajkovski, l’OTAN commença une nouvelle opération qui dura du 16 décembre 2002 au 31 mars 2003. L’objectif de cette mission, intitulée « Allied Harmony », était de continuer à aider la Macédoine dans la prévention de tout risque de déstabilisation. Puis à partir d’avril 2003, l’Union européenne assuma la responsabilité de la mission à la place de l’Alliance, l’OTAN lui en ayant transféré la responsabilité, en lui permettant aussi d’utiliser ses ressources, tout en conservant un quartier général militaire dans le pays pour aider les autorités de Skopje à réformer la défense et à se préparer à une adhésion à l’Alliance. La mission de l’Union européenne, dénommée « Concordia » constitue une première. Elle fut remplacée en décembre 2005 par une nouvelle mission « EUPAT » (European Union Police Advisory Team) qui resta sur place jusqu’à juin 2006.

Sur un plan strictement militaire, la réussite est incontestable : le partenariat efficace entre l’Union européenne, l’OTAN, et l’OSCE en matière de gestion de la crise macédonienne représente l’une des plus remarquables réussites de l’implication internationale dans les Balkans.

Cependant, bien que la situation des Albanais se soit considérablement améliorée, de nombreux efforts doivent encore être entrepris par la Macédoine pour parvenir à une stabilité interethnique durable, certains foyers de tensions entre Macédoniens et Albanais étant encore clairement apparents. La Macédoine prouve toutefois chaque jour sa volonté d’irradier tout conflit entre communautés.

B. Les obstacles persistants, mais cependant surmontables, à la stabilité interne macédonienne

Malgré l’évolution positive de la situation des Albanais en Macédoine, ces derniers restent globalement insatisfaits de leur traitement, car toujours victimes de discriminations.

En effet, la sous-représentation des Albanais dans les institutions du pays reste une réalité[11]. Ainsi, dans le domaine de la justice, on compte très peu de juges membres de la minorité albanaise, ce qui complique les délibérations et les échanges lors des procès puisqu’il faut faire appel à des interprètes. Il y a très peu de policiers d’origine albanaise également. Selon des rapports non officiels, la minorité albanaise n’était représentée qu’à 2 % au sein de l’administration macédonienne en 1990 et elle ne serait passée qu’à 7 % aujourd’hui ; le gouvernement prétend qu’il s’agit plutôt de 14 %, mais il n’en demeure pas moins que la communauté macédonienne est nettement surreprésentée.

Dans l’enseignement primaire, 25 % des élèves albanais reçoivent à l’heure actuelle une éducation dans leur langue maternelle, ce qui est insuffisant puisque 100 % des enfants albanais ont le droit constitutionnel de recevoir une instruction en albanais. Seulement un tiers des enfants albanais se rend au secondaire. De plus, les albanophones estiment que le nombre des professeurs albanais est nettement insuffisant. Sur le plan intérieur, la question de la décentralisation du pouvoir vers les gouvernements locaux a fait l’objet d’âpres débats politiques. Un processus législatif de décentralisation a tout de même été lancé le 1er juillet 2005, car il s’agissait de l’un des éléments centraux des accords d’Ohrid, destiné à résoudre l’exclusion politique dont se plaignaient les Albanais. Mais les textes restent flous et donc sources de tensions.

Enfin, les élections législatives du 5 juillet 2006 ont bouleversé le paysage politique macédonien [le parti de la droite macédonienne VMRO-DPMNE (nationaliste modéré) succède à la coalition menée par les sociaux-démocrates]. Le premier constat est que l’Union démocratique pour l’intégration (UDI), c’est-à-dire l’ancienne UCK-M reconvertie en parti politique, se retrouve exclue du pouvoir. Plus intransigeante que ses prédécesseurs, la droite macédonienne n’a pas pu s’entendre avec l’UDI, toujours majoritaire côté albanais, et a dû se tourner vers un autre parti albanais, le Parti démocratique, pour former une coalition. La réaction de l’UDI (reprise d’un discours belliqueux, blocage des routes...) prouve que ce parti n’a rien perdu de sa capacité de nuisance sur la scène politique macédonienne, et ne s’est pas entièrement converti à la démocratie.

Il est donc apparent que la Macédoine se trouve face à des obstacles persistants qu’elle doit surmonter si elle veut jouir d’une véritable stabilité. Le rôle qu’elle convoite de jouer sur la scène européenne l’oblige cependant à persister dans ses efforts de protection de la minorité albanaise.

En effet, la Macédoine est depuis décembre 2005 officiellement candidate à l’adhésion à l’Union européenne : la décision d’octroyer ce statut de pays candidat est une récompense politique pour cet Etat dont la viabilité a été souvent menacée pour des raisons tant intérieures qu’extérieures. Il s’agit désormais du pays des Balkans le plus avancé dans le processus d’adhésion après la Croatie.

Mais aucune date pour le début des négociations n’a été fixée : les obstacles à surmonter restent nombreux et le chemin vers l’Europe sera long. Les prochaines étapes seront franchies en fonction des résultats des rapports futurs rendus par la Commission européenne sur les progrès accomplis par le pays, sachant que le premier bilan daté du 8 novembre 2006 indique que la Macédoine est "en bonne voie de respecter les critères politiques", parmi lesquels figurent notamment le respect de la démocratie et la protection des minorités nationales.

Pour le moment, la Macédoine se trouve liée avec l’Union européenne par un « partenariat européen »[12] qui vise à apporter un soutien supplémentaire et adapté aux autorités dans la perspective d’aider le pays à se préparer en vue d’une adhésion future. Ainsi, la Macédoine est aidée dans la mise en œuvre effective des accords d’Ohrid.

Cinq ans après les accords d’Ohrid qui ont mis fin au conflit entre Macédoniens et Albanais, la paix s’est installée mais la réconciliation tarde à venir. L’éventualité d’un conflit lié à la question albanaise n’a donc pas disparu.

Historiquement, il y a toujours eu méfiance et absence de dialogue entre les communautés macédonienne et albanaise. Jusqu’ici, l’habile stratégie de Skopje, ainsi que la relative modération des partis albanais ont permis d’éviter tout nouveau conflit de type ethnique. L’inquiétant contexte externe a peut-être aussi contribué à modérer les positions. Cependant le problème sous-jacent de partage du pouvoir demeure, et la situation reste explosive au Kosovo, peuplé essentiellement d’Albanais. Si un conflit ouvert devait éclater dans cette région, il serait difficile pour les Albanais de la Macédoine de ne pas soutenir leurs frères de l’autre coté de la frontière, ce qui serait propice à de nouvelles tensions interethniques susceptibles de dégénérer à tout moment en actes de violences généralisées.

La Macédoine et la communauté internationale doivent donc rester vigilantes, mais peuvent se vanter avec les accords d’Ohrid d’avoir évité au pays de plonger dans la guerre civile en 2001. Ces accords sont depuis lors considérés comme l’un des plus grands succès de la communauté internationale, et comme un exemple à suivre pour la résolution des conflits ethniques dans le monde.

— -- BIBLIOGRAPHIE

Manuels :

Jean-Arnaud DERENS, Catherine, SAMARY, les 100 Portes des conflits Yougoslaves, Paris, Edition de l’atelier, collection Points d’appui, 2000, 427p.

Joseph YACOUB, Les minorités dans le monde : faits en analyses, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, 921p.

Michel ROUX, Les albanais en Yougoslavie : minorité nationale, territoire et développement, Paris, Fondation de la Maison des sciences de l’homme, 1992, 546p.

Stéphane PIERRE-CAPS, La multination : l’avenir des minorités en Europe centrale et orientale, Paris, Odile Jacob, 1995, 337p.

Yves PLASSERAUD, Atlas des minorités en Europe : de l’Atlantique à l’Oural, diversité culturelle, Paris, Autrement, 2005, 79p.

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Revues ; rapports :

Gordan GEORGIEV, « Macédoine : un pays pacifié mais toujours pas réconcilié », Courrier International, n° 826, 31 août 2006, p. 20

2ème et 3ème rapports sur l’Ex-République Yougoslave de Macédoine de l’ECRI, adoptés en 2000 et 2004.

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Articles sur Internet :

CHRONOLOGIE • La Macédoine cinq ans après les accords d’Ohrid, in Site Internet de [Courrier international], consulté le 22/01/2007, http://www.courrierinternational.com/article.asp ?obj_id=65711

Macédoine : L’accord de paix d’Ohrid (août 2001), in Site Internet [COLISEE, comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’est], consulté le 15/01/2007, http://www.colisee.org/article.php ?id_article=1505

Annexes - le conflit macédonien, in Site Internet [COLISEE, comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’est], consulté le 15/01/2007, http://www.colisee.org/article.php ?id_article=42

Composition du gouvernement de la Macédoine (2002 - 2004), in Site Internet [COLISEE, comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’est], consulté le 15/01/2007, http://www.colisee.org/article.php ?id_article=682

La politique des minorités en république de Macédoine, in Site Internet [COLISEE, comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’est], consulté le 15/01/2007, http://www.colisee.org/article.php ?id_article=1504

Macédoine, in Site Internet [Université Laval, Canada], consulté le 14/01/2007, http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/europe/macedoine.htm

Macédoine : quel horizon pour l’adhésion à l’Union européenne ? , in Site Internet [COLISEE, comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’est], consulté le 15/01/2007, http://www.colisee.org/article.php ?id_article=2190

Le jour où la Macédoine entrera dans l’UE..., in Site Internet [ Le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans ], consulté le 15/01/2007, http://balkans.courriers.info/article7346.html

La Macédoine n’est pas gagnée par le syndrome du Kosovo, in Site Internet [ Le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans ], consulté le 15/01/2007, http://balkans.courriers.info/article4251.html

Le fossé entre Albanais et Macédoniens est toujours plus profond, in Site Internet [Le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans], consulté le 15/01/2007, http://balkans.courriers.info/article5168.html

Macédoine : reconnaissance officielle de l’Université de Tétovo, in Site Internet [Le Courrier des Balkans, le portail francophone des Balkans], consulté le 15/01/2007, http://balkans.courriers.info/article4022.html

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Sites Internet :

Site de la revue « Courrier International » : http://www.courrierinternational.com/gabarits/html/default_online.asp

Site de l’Union européenne : http://europa.eu/index_fr.htm

Site de l’OTAN : http://www.nato.int/home-fr.htm

Site de l’OSCE : http://fr.osce.org/

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[1] La dénomination officielle du pays à l’ONU est « Ex-République Yougoslave de Macédoine » (Former Yugoslav Republic of Macedonia, ou FYROM), en raison de quelques rivalités avec la Grèce quant au nom « Macédoine » considéré par cette dernière comme propriété exclusive du patrimoine hellénique.

[2] Cf. carte en annexe.

[3] 276 921 Albanais (soit 92.6% des personnes ayant qualité pour voter selon le recensement de 1991) ont voté, et 74% d’entre eux étaient en faveur d’une « autonomie territoriale pour les Albanais de Macédoine ».

[4] Effectué en vertu d’une recommandation de la Conférence internationale sur l’ex-Yougoslavie, sous le contrôle et la supervision de quarante observateurs et experts internationaux, et grâce au financement de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe.

[5] Signée le 25 juillet 1996, ratifiée le 10 avril 1997, et entrée en vigueur le 1er février 1998.

[6] Slogan scandé par l’UCK-M et repris par le Parti de la prospérité démocratique (PPD) et le Parti démocratique national (PDN), les deux partis albanais macédoniens radicaux

[7] En vertu de la résolution 1244 (1999) adoptée par le Conseil de sécurité le 10 juin 1999.

[8] Cf. Conclusions de la présidence, Conseil européen de Stockholm des 23 ET 24 MARS 2001, sur le Site Internet [Europa], consulté le 14 janvier 2007, http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressdata/fr/ec/00100-r1.%20ann-r1%20cor2.f1.html.

[9] 50 experts en statistiques venant de 26 pays d’Europe ont déclaré valable ce recensement.

[10] "Il s’agit d’un pas important vers la réconciliation mais ce n’est pas le dernier" a affirmé Alain Le Roy, représentant de l’Union européenne à Skopje, à l’issue du scrutin. 10 Cf. le troisième rapport sur l’Ex-République Yougoslave de Macédoine de l’ECRI, adopté le 25 juin 2004 et rendu public le 15 février 2005, dans lequel l’ECRI recommande aux autorités de la Macédoine de prendre des mesures supplémentaires dans plusieurs domaines, afin d’améliorer les relations interethniques et de donner plein effet à l’accord-cadre d’Ohrid.

[12]Le partenariat européen pour l’ancienne République yougoslave de Macédoine est un instrument du processus de stabilisation et d’association mis en place conformément à l’agenda de Thessalonique (2003) pour les pays des Balkans occidentaux. L’agenda de Thessalonique a enrichi ledit processus de ce nouvel instrument afin de soutenir davantage ces pays dans leur perspective européenne. Les partenariats européens ont pour base légale le règlement (CE) n° 533/2004. Les partenariats européens sont des instruments souples ayant vocation à évoluer en fonction des progrès réalisés par les pays destinataires et des efforts qu’ils doivent poursuivre dans d’autres domaines tels qu’ils résultent des évaluations de la Commission.

 

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