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Florence Benoit-Rohmer



-  Et dire que l’on croyait l’Europe civilisée... Une énième fois encore, l’ampleur du phénomène de la violence domestique est dénoncée par les organisations internationales, les ONG et certains gouvernements au vu de statistiques plus qu’alarmantes. Tous les jours, des femmes et des enfants sont victimes de coups et d’agressions sexuelles de la part de leur mari, de leur père ou d’autres membres de leur famille. En France, une femme est tuée tous les trois jours par son compagnon. Pour de nombreuses femmes, le foyer et la famille ne sont pas un refuge, mais un lieu de terreur.

Si la violence domestique à l’égard des femmes est à l’évidence un problème politique majeur pour l’Europe, le phénomène est à vrai dire universel. Il se produit dans toutes les classes sociales et dans toutes les sociétés indépendamment de leur développement ou de leur stabilité politique, de leur culture ou de leur religion. Et pourtant la violence à l’égard des femmes constitue une atteinte au droit à la vie, à la sécurité, à la liberté et à la dignité humaine.

Cette forme de violence est le reflet de la place dévalorisée encore faite aux femmes dans la société et témoigne de l’inégalité des rapports de pouvoir entre l’homme et la femme. Si à l’évidence les auteurs de violence domestique doivent être sanctionnés, il faut en même temps pour éradiquer ce fléau, combattre le sexisme, lutter contre la discrimination négative exercée à l’encontre des personnes sur la base de leur identité sexuelle et bannir les représentations stéréotypées qui enferment les femmes dans des rôles qui les déprécient socialement.

La loi espagnole votée à l’unanimité en 2004 est sans équivalent en Europe et devrait servir d’exemple. Le législateur s’est efforcé de prendre en considération tous les aspects de la question. Un volet répressif institue des tribunaux spéciaux aux compétences à la fois pénale et civile (séparation, garde des enfants...) ainsi qu’un parquet spécialisé. Les peines ont été alourdies. Sur le plan social, la loi instaure un accompagnement des victimes, en termes d’accueil d’urgence, de logement, de travail, de revenu, d’assistance juridique et de protection si nécessaire. Elle vise enfin à modifier les mentalités et les comportements, que ce soit dans le cadre de l’école ou des représentations publicitaires.

Le Conseil de l’Europe ne pouvait rester indifférent à de telles violations. Les Chefs d’État et de gouvernement ont lancé à Madrid en novembre 2006 une campagne pour combattre la violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique. Souhaitons qu’elle porte ses fruits et que ce fléau soit enfin éradiqué.

Florence Benoit-Rohmer

 

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